IDENTIFICATION

Année de labélisation : 2025
Renouvelé en date de :
Non renouvelé en date de :
Anciens Noms : K Yote Century / White Rose of Jericho
Numéro de francisation :
N° Immatriculation : E25736
Quartier d'immatriculation : AJ
Type, série, ou nom local : Andreyale 50
Protégé au titre des Monuments Historiques : non

Localisation

Localisation (département) : 13
Port d’attache habituel : Marseille
Chantier d’hivernage :

Caractéristiques

Genre : Maritime
Usage à l'origine : Plaisance
Mode de propulsion (à l'origine) : moteur
Mode de propulsion (actuel) : moteur
Architecte : M. JOUBERT & NIVELT
Chantier constructeur : Latitude 46
Année de construction (ou mise en service) : 2000
Longueur hors tout : 16,0
Longueur coque : 14,98
Longueur flottaison : 14,70
Largeur Maître bau : 3,51
Tirant d’eau : 1,0
Tirant d’air : 3,45
Déplacement (tonnes) : 11,8

Description

Coque / à propos :

La coque du « Queen & Revenge » est une coque à semi-déplacement. Le ratio longueur/largeur est de 4,3 ce qui en fait une coque fine aux lignes tendues. Il s’agit du N°1 de la petite série des Andreyales 50 qui compte 5 unités. Celle-ci est inspirée des Commuter Boats américains du début du siècle dernier. Ces navires ont été conçus à la fin du 19ème siècle afin de transporter confortablement leur propriétaire, des hommes d’affaire, de Long Island où ils résidaient en été, à la « City », sur l’ile de Manhattan, où se trouvait leur bureau. Au fils des années, ces navires ont évolué pour devenir de véritable « speed boat », alliant confort et vitesse. A l’apogée de leur construction, dans les années 1930, les vitesses atteintes fleuretaient les 45 nœuds. Dessiné par le cabinet d’Architecture Joubert-Nivelt et construit par Latitude 46, le « Queen & Revenge » rappelle avec nostalgie cette période de l’histoire maritime américaine. L’étrave, tulipée et très en « V » lui permet de fendre le clapot aisément. L’arrière est quasiment plat ce qui permet au navire de déjauger dès une vitesse de 11 nœuds, et d’atteindre facilement les 20 nœuds avec seulement deux moteurs de 150cv. La technique de construction de la coque est le « Strip Planking ». Les lattes d’une quinzaine de mètres sont en red cédar. Elles ont une section trapézoïdale permettant une meilleure cohésion après avoir injecté de la résine époxy, chargée de mico-ballons, entre chaque latte. L’épaisseur des lattes est de 27 millimètres. Le navire a été entièrement restauré par le Chantier Classic Works à La Ciotat en 2012. La peinture Awl Grip des œuvres mortes a été refaite en 2017. Le navire est en parfait état et entretenu par un marin professionnel.

Pont et superstructures / à propos :

Pont et superstructures / état actuel :

Le pont est recouvert de latte teck suivant la courbure de la coque et terminant sur une fourragère avant et arrière. Le pont nécessitera une réfection dans les deux années à venir. Le roof principal, en acajou, suit la tonture prononcée du pont, les faces latérales sont équipées de cinq verres biseautés rappelant le yachting de la belle époque. Sur l’arrière un petit roof prolonge le cockpit central. Les faces latérales sont également équipées de deux verres biseautés. Le cockpit se situe au-dessus des moteurs entre les deux roofs. Il est protégé par une petite capote aux renforts en cuir. L’ensemble des roofs est verni. Les 13 couches de vernis sont constituées par 7 couches d’Epiphane bi-composant avec une dilution progressive, 5 couches de Awl Spar mono-composant et une couche de finition avec le vernis Awl Brite. Chaque année nous effectuons 2 couches de protection à l’automne et 3 couches au printemps. La reprise des 13 couches avec la mise à nu du bois a été effectuée en 2022. L’ensemble de l’accastillage est en Inox (bossoirs d’annexe, bossoir d’ancre, taquet, ancre…). Les mains courantes sont en bronze chromé et bois.

Gréement / à propos :

Néant

Voilure / à propos :

Néant

Emménagements / à propos :

Les aménagements sont en acajou massif. Le « Queen & Revenge » comporte dans le roof arrière une cabine marin avec accès privatif par le lazaret tribord, et une cabine double avec sa salle de bain/WC. L’accès se fait depuis l’arrière du cockpit. Le roof avant, dont l’accès s’effectue par une porte située sur l’avant du cockpit, abrite une cuisine, une table à carte, un carré et sur l’avant la cabine armateur avec sa salle de bain/WC. La hauteur minimale sous barreau est de 1,75m. Les vaigrages sont de couleur blanche. Chaque cabine comporte des petits meubles en acajou rappelant les intérieurs des années 30. Une lumière douce est apportée par les dix carreaux biseautés du roof. Elle peut être dosé à la demande grâce à la présence de stores en latte de bois. Les coussins du carré sont en cuir rouge. La banquette en U est située à bâbord et face à celle-ci on trouve un bahut surmonté d’une bibliothèque aux fargues chromées. L’ensemble du navire est équipé d’une climatisation réversible dont le réglage s’effectue indépendamment pour chaque cabine.

Emménagements / état actuel :

Moteur(s) / type, puissance, année :

La propulsion est assurée par deux moteurs NANNI-DIESEL 6.660E. Chaque moteur, atmosphérique, de 6 litres de cylindré, développe 150cv à 2700 tours. Au régime de croisière à 2500 tours, le « Queen & Revenge » navigue à 15 nœuds pour une consommation totale de 30l/h ce qui lui concède une autonomie de 400 miles. Les moteurs sont de l’année 2000 et totalisent 3000h de marche. Un groupe électrogène MASE, bicylindre, développant 5,6kW permet d’alimenter la climatisation réversible et le désalinisateur. Ce groupe électrogène a été installé en 2013 et compte 330 heures de marche.

Intérêt Patrimonial

Témoignage humain :

Deux hommes sont à l’origine du projet Andreyale, esprit des commuter boats américains des années 30 : Michel Joubert et Ortwin Kandler. Le premier, Michel Joubert, est le cofondateur du cabinet d’architecture navale Joubert-Nivelt. Il s’agit d’un des meilleurs cabinets d’architecture navale français et les premiers à dessiner, dans les années 80, les 60 pieds Open et des catamarans de course au large, précurseurs des trimarans ORMA ou MOD70. C'est par ce lien que les deux hommes se sont connus. Michel Joubert à pour ami André, le célèbre propriétaire du bar de La Rochelle « Chez André ». Un soir d’hiver de la fin du siècle dernier, les deux amis sont attablés dans l’établissement et André dit à Michel : « j’aimerai un bateau classique, facile à manœuvrer et rappelant les lignes des vedettes du début du siècle ». C’est ainsi que Michel dessina sur le coin de la nappe en papier la silhouette d’un bateau qui allait devenir l’Andreyale. Le nom est une contraction de cette soirée, André et Yole. On retrouve dans ce trait de crayon tous l’esprit des grands architectes navals (Olin Stephens, William Fife…) qui dessinaient et sculptaient de leurs mains les coques qui allaient devenir de fabuleux yachts. Pas de logiciels, pas de machines informatiques, mais seulement le génie de la main de l’homme pour faire naitre un bateau tel un artiste qui façonne son œuvre. Mais cette fois-ci, il s’agit d’un architecte naval français et son œuvre est un yacht d’exception, nous y reviendrons dans le témoignage conceptuel. Le deuxième, Ortwin Kandler, a un rêve. Il souhaite participer à la coupe de l’America. Il crée alors K-Challenge et il rachète le class America néo-zélandais NZL 57. Mais Ortwin est bercé par l’histoire de ce défi, alors, même si l’époque change et que les voiliers évoluent, il souhaite, tout comme Sir Thomas Lipton et bien d’autres challengers de l’époque, suivre la course sur le plan d’eau et recevoir des invités. Il connait l’architecte naval Michel Joubert, créateur de « machines » de course, et il entend parler de ce trait de crayon sur un bout de nappe d’une table du bar « Chez André » ! Un artiste et un mécène, et le projet prend vie. Le premier yacht construit sera « K-Yote Century » en cadeau à son épouse, aujourd’hui le « Queen & Revenge ». Le deuxième sera « Day K-Yote ». Il a la même coque et les mêmes aménagements propriétaires, mais le roof arrière est modifié : pas de cabine invités et marin. Le roof est surbaissé et le cockpit est agrandi pour permettre d’accueillir à son bord les invités lors des régates. Par la suite, le yacht a appartenu à l’acteur de cinéma Christian Clavier, il est alors baptisé « White Rose of Jéricho » et accueille à son bord diverses personnalités dont le Président de la République Nicolas Sarkozy et son épouse. Depuis 2012, il se nomme « Queen & Revenge », et il a accueilli à son bord l’architecte du Mucem, Rudy Ricciotti, mais également le Chef cuisinier Pierre Gagnaire, ou l’écrivaine Sylvie Le Bihan, poursuivant ainsi une part du rêve d’Ortwin et de Michel : faire vivre l’art de la belle plaisance !

Témoignage technique ou conceptuel :

Il est difficile lorsque l’on parle d’un bateau « esprit de tradition » de mettre en avant une évolution technique ou un concept architectural particulier, et pourtant… Au crépuscule du 20ème siècle, décider de construire un navire entièrement en bois et couvert de vernis est anachronique. Cela représente bien une rupture dans la construction navale des années 2000 !! Trois points me permettent d’illustrer cette rupture. Le type de construction : A l’heure des séries, construire un yacht sans moule, mais à l’unité est bien une césure dans l’univers de la construction. Si la construction en strip-planking est un procédé de construction relativement courant pour les voiliers construit à l’unité, elle demeure anecdotique dans la construction des bateaux à moteur. Pourtant ce type de construction permet d’obtenir, au final, des qualités mécaniques supérieures à celles réalisées par stratification tout en optimisant le poids du navire. La réduction du poids provient de deux critères : - La densité du stratifié versus celle du red cedar, même si une coque en strip-planking doit être plus épaisse que celle en stratifiée ; - La forte réduction des renforts de coque (membrures, serres, lisses…), les coques réalisées en strip-planking étant autoporteuses. Pour un bateau à moteur, comme pour un voilier, la réduction de poids permet de minimiser l’énergie nécessaire à la propulsion. Ainsi la construction en strip-planking permet de verdir la propulsion d’un bateau à moteur. Le « Queen & Revenge » ne pèse que 11 tonnes versus 15 tonnes pour une vedette équivalente en résine. La forme de carène : En revenant sur un plan de carène des années 1930, on privilégie les entrées d’eau fines pour éviter une débauche de puissance. En effet, les moteurs de l’époque étaient très volumineux et lourds. Le ratio poids/puissance ou cylindré/puissance étant nettement plus élevé, le travail sur la carène était une priorité pour gagner en vitesse. De nos jours, où nous savons construire des moteurs surpuissants de faible cylindrée et encombrement, l’accent est mis sur l’habitabilité, et l’absence de carène performante est compensée par une surenchère de puissance. Le ratio longueur/largeur des unités contemporaines avoisine les 2,6 alors que le « Queen & Revenge » affiche 4,3 ! Cela permet des entrées d’eau plus fluides et une consommation, à une vitesse de 15 nœuds, de seulement 2 litres par mille parcouru pour une unité de 15m. Le travail des charpentiers : A l’heure de la surconsommation et de la production massive que celle-ci nécessite, la construction du « Queen & Revenge » est en total décalage. Ici le temps a peu compté, les charpentiers de marine ont façonné chaque pièce de bois à la main pour que l’assemblage soit parfait. Le nombre d’heures de construction qu’a nécessité ce bateau est de plus du double de celui d’une unité contemporaine comparable, et cela juste pour le plaisir des yeux, le passage dans le clapot et la durabilité de l’ouvrage. Je suis très reconnaissant pour ses hommes qui ont choisi, non pas un métier, mais une passion. Alors que j’étais mouillé à Rocapina en Corse, j’ai croisé en aout 2024, un de ces hommes qui avait été apprenti sur la construction de ce bateau en 1999. Il est venu à la nage montrer le bateau à ses enfants et avec beaucoup d’émotion dans la voix il m’a parler du bateau, du temps passé à poncer, assembler, vernir sans compter, sans espérer terminer, mais simplement souhaitant que la pièce de bois soit parfaite ! En conclusion, je dirai que si techniquement ou architecturalement rien n’a été inventé, le « Queen & Revenge » est le témoin vivant du savoir-faire humain. Mélangeant habillement tout ce qui se fait depuis un siècle, il n’est pas qu’un bateau, mais un témoin de l’histoire maritime et du savoir-faire des hommes, une pièce unique conçue comme une œuvre d’art avec amour et passion. Et comme pour le chercheur d’or où la postérité ne retient que la précieuse pépite et non pas le travail, les recherches, les privations, les joies et les déceptions, le « Queen & Revenge » se regarde en oubliant les souffrances, tout étant harmonieux et semblant si simple.

Témoignage événementiel ou d’une activité révolue :

Autres éléments remarquables :

Chronologie :

Propriétaires: 1999: Ortwin KANDLER 2003: Christian CLAVIER / Yves POCHY 2011: Dominique CHEMINEAU / Philippe BAETZ 2012: Jean-Philippe SALDUCCI Rénovations: 2012 chez Classic Works à La Ciotat Réfection de l'étrave après une avarie Mise en place d'un propulseur d'étrave Mise en place d'un Groupe électrogène Installation de la climatisation réversible Peinture de coque AwlGrip 2016 chez Loic Bayze à Bandol Peinture AwlGrip toit des roofs 2021 Mise à nu des boiseries des roofs et remonté 13 couches de vernis. 2023 chez Carène Service à Marseille Réfection des lignes d’arbres

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