IDENTIFICATION
Localisation
Caractéristiques
Description
Coque / à propos :
Yvonne possède une authentique coque de barquette marseillaise, entièrement façonnée à la main en 1971 par le chantier Ruoppolo. Sa coque relève d’une construction traditionnelle en bois sur membrures, suivant les principes classiques de la charpente navale méditerranéenne. La structure longitudinale s’organise autour de la quille, prolongée à l’avant par l’étrave et à l’arrière par l’étambot. Sur cette charpente maîtresse prennent place les varangues et les membrures, qui constituent l’ossature transversale et déterminent le galbe de la carène. Les virures du bordé, réalisées en bois massif et ajustées une à une, sont posées à franc-bord sur cette ossature. Leurs coutures sont traditionnellement calfatées afin d’assurer à la coque sa cohésion mécanique et son étanchéité. L’ensemble témoigne d’un travail où chaque pièce est débitée, dressée, cintrée et ajustée selon sa fonction. Les bois de charpente navale employés pour la quille, les membrures, les varangues et le bordé ont été choisis pour leur résistance aux efforts de mer, leur aptitude au façonnage et leur tenue dans le temps. Cette construction artisanale confère à la coque une personnalité propre comme vous le verrez sur les photos jointes à ce dossier. Le plan de formes d'Yvonne présente les traits caractéristiques pures de la barquette marseillaise : sa carène pleine et harmonieusement galbée, son avant relevé, sa tonture élégante et ses volumes équilibrés favorisant sa stabilité et sa tenue à la mer. L’étrave est bien entendu couronnée par un magnifique capian, dont les joues sculptées sont la signature du chantier Ruoppolo. L’arrière arrondi de la barquette, adapté à la propulsion mécanique, prolonge les lignes de la coque avec douceur et participe à sa silhouette immédiatement reconnaissable dans le port de Marseille. Aujourd’hui restaurée à la main selon les règles de l'art, la coque d'Yvonne se présente comme un remarquable témoignage de la construction navale artisanale du milieu du XXᵉ siècle. La restauration a permis de conserver la continuité du bordé, la solidité de la charpente et la lisibilité de ses lignes d’origine, tout en préservant le caractère authentique de l’embarcation. Elle constitue un véritable ouvrage de charpentier de marine : une architecture vivante, façonnée par la main de l’homme, conçue pour la mer et porteuse de la mémoire maritime marseillaise.Pont et superstructures / à propos :
Pont et superstructures / état actuel :
Le pont, réalisé par le chantier Ruoppolo en 1971, est établi sur barrots et témoigne de l’organisation simple et fonctionnelle propre aux barquettes marseillaises de travail. Le pontage en bois suit le bouge et la tonture de la coque. Les plats-bords assurent le couronnement et le raidissement des hauts, tandis que les hiloires délimitent le cockpit et protègent les volumes intérieurs des ruissellements et des embruns. L’espace de travail reste largement dégagé afin de faciliter les manœuvres, la circulation à bord et les opérations de pêche. La plage avant, relevée dans le prolongement de l’étrave, reçoit les principaux apparaux de mouillage et d’amarrage: Les taquets, bittes et chaumards sont implantés au droit de renforts permettant une bonne reprise des efforts par la charpente. Les superstructures d’origine sont peu développées. Elles se limitent principalement aux hiloires, aux panneaux d’accès et au capotage du moteur. Leur faible hauteur permet de conserver la silhouette basse et ramassée caractéristique du pointu marseillais, ainsi qu’une bonne stabilité et une prise au vent réduite. En 1976, le chantier Borg à Marseille, a ajouté une petite cabine de pilotage. Cet aménagement avait pour fonction de protéger le pêcheur du vent, des embruns et de la pluie lors des sorties de pêche effectuées par temps dégradé dans les eaux marseillaises. Ses dimensions sont restées volontairement modestes afin de ne pas encombrer le cockpit ni modifier sensiblement l’assiette et le comportement du bateau. Cette cabine constitue une transformation d’usage ancienne, directement liée à l’exploitation de l’embarcation. Elle fait désormais partie de son histoire et a bien entendu été conservée lors de la restauration. Le pont et les superstructures sont aujourd’hui restaurés. Les reprises ont porté sur les éléments de charpente, le pontage, les plats-bords, les hiloires, les panneaux et les capotages, avec le souci de conserver les dispositions existantes et l’aspect général acquis au cours de la vie du bateau. L’ensemble présente désormais un état cohérent avec son usage, son époque et son caractère de barquette marseillaise de pêche.Gréement / à propos :
L'embarcation n'a jamais porté ni mâture ni gréement. Le gréement dormant est absent : aucun étai, hauban, cadène ou autre élément de tenue de mâture n’est actuellement en place. Il en va de même pour le gréement courant, le bateau ne présentant ni drisse, ni écoute, ni manœuvre associée à l’établissement d’une voile. La barquette a toujours été configurée pour une propulsion mécanique, disposition cohérente avec son usage de bateau de pêche et avec l’ajout, en 1976 par le chantier Borg, de la petite cabine destinée à abriter le pilote. Cette transformation a privilégié la conduite au moteur et la protection de l’homme de barre lors des sorties par mauvais temps.Voilure / à propos :
L’embarcation a toujours été dépourvue de voilure. Aucun mât, espar ni point d’amure permettant l’établissement d’une voile n’est présent à bord. La surface de voilure actuellement portée est donc nulle, le bateau étant exclusivement exploité sous propulsion mécanique. L’état actuel correspond ainsi à celui d'origine: motorisée sans voilure ; configuration cohérente avec son utilisation pour la pêche et avec l’adjonction, en 1976, de la cabine de pilotage réalisée par le chantier Borg.Emménagements / à propos :
Les aménagements sont ceux d’une barquette marseillaise de pêche, sans recherche d’habitabilité. Ils comprennent les paillols, les panneaux de cale, quelques volumes de rangement et le poste de conduite installé dans la cabine. Le plan de circulation demeure dégagé afin de conserver un espace suffisant pour les manœuvres et le travail des engins de pêche. Les paillols, panneaux amovibles et pièces de menuiserie apparentes sont traditionnellement exécutés en acajou d’Afrique dit Grand-Bassam, correspondant principalement au Khaya ivorensis. Les barrots, barrotins, supports et renforts relèvent du frêne. La cabine de pilotage ajoutée en 1976 par le chantier Borg est constituée d’une ossature en bois massif, habillée de contreplaqué marine. Les encadrements, couvre-joints et pièces exposées sont réalisés en bois rouge. Les vitrages avant et latéraux assurent au pilote une visibilité suffisante tout en le protégeant du vent, des embruns et de la pluie. Le poste de conduite reste sommaire et directement adapté à l’usage du bateau : commande moteur, barre, instrumentation élémentaire et rangements de proximité. La cabine constitue purement et simplement un abri de travail et non un emménagement de plaisance. Les aménagements ont été restaurés dans le respect de cette disposition. Les paillols, panneaux, cloisons, encadrements et menuiseries de la cabine ont été repris ou remplacés suivant leur état. L’ensemble se présente aujourd’hui en bon état, avec une organisation fidèle à celle d’une barquette de pêche motorisée de la seconde moitié du XXᵉ siècle.Emménagements / état actuel :
Moteur(s) / type, puissance, année :
Le bateau est équipé d’un moteur diesel Yanmar 3YM20, à trois cylindres, fabriqué en janvier 2010. Il porte le numéro de série E09242. La puissance indiquée dans le dossier du bateau est de 25 cv. La plaque constructeur mentionne toutefois une puissance nominale de 13,9 kW à 3 489 tr/min et une puissance maximale, à la butée d’injection, de 15,3 kW à 3 600 tr/min. Cette motorisation convient bien aux caractéristiques de la coque. Elle permet une marche régulière à environ 5 nœuds, soit 9,26 km/h, vitesse adaptée au déplacement de la barquette et à son usage côtier. Le moteur offre également une réserve suffisante pour les manœuvres de port et la navigation dans une mer courte. L’installation est réalisée en ligne d’arbre, sous le capot moteur situé à l’arrière de la cabine. Le groupe reste accessible pour les opérations courantes d’entretien et de surveillance : vidange, remplacement des filtres, contrôle du refroidissement, de l’échappement, des supports moteur et de la transmission. Le moteur constitue l’unique moyen de propulsion du bateau, celui-ci ne portant plus de gréement ni de voilure.Télécharger le QR code de la fiche navire
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Intérêt Patrimonial
Témoignage humain :
Témoignage du fils de Joseph De Luca
“Yvonne a été construite à Marseille, dans un chantier naval de la rue Sainte, à la fin de l’année 1971. Elle appartenait alors à un premier propriétaire, dont je ne connais pas le nom. Mon père, Joseph De Luca, l’a achetée en avril 1972.
À cette époque, mon père exerçait le métier de pêcheur professionnel. Pendant plusieurs années, Yvonne a été son outil de travail. L’été, il pêchait notamment les girelles destinées à la soupe de poissons. L’hiver, il faisait les oursins. Il pêchait également le loup, appelé bar dans d’autres régions.
Son secteur de pêche s’étendait autour des îles du Frioul, du Château d’If et du Planier, puis tout au long de la Côte Bleue. Il descendait aussi vers Cassis et fréquentait les calanques de Morgiou et de Sormiou. Le port d’attache du bateau était Marseille.
Yvonne a également pris part à deux opérations de sauvetage en mer. Mon père est intervenu pour porter secours à des personnes dont les embarcations étaient en train de sombrer. Ces épisodes sont restés très présents dans les souvenirs de la famille et font partie de l’histoire du bateau.
Lorsque mon père a cessé son activité professionnelle, il a conservé Yvonne. Il continuait à sortir en mer pour son plaisir et restait profondément attaché à cette barquette qui l’avait accompagné durant toutes ses années de pêche.
Au moment de sa retraite, il a transmis le bateau à son fils. Celui-ci l’a conservé pendant quelques années avant de le céder à Geoffrey, qui en est devenu le nouveau propriétaire.
Yvonne n’est donc pas seulement une barquette marseillaise ancienne. Elle a été un bateau de travail, un moyen de subsistance et le témoin de toute une vie passée en mer. Elle reste étroitement liée à l’histoire de Joseph De Luca, à la pêche côtière marseillaise et à la mémoire de notre famille.”
Texte établi d’après le témoignage du fils de Joseph De Luca.
Témoignage technique ou conceptuel :
La barquette Yvonne relève directement de la tradition des pointus marseillais construits pour la pêche côtière. Sa conception répond aux usages professionnels de l’époque : une coque en bois à déplacement, stable, porteuse et capable de travailler dans la mer courte que l’on rencontre fréquemment aux abords de Marseille et des calanques.
L’intérêt patrimonial d’Yvonne ne tient donc pas seulement à son ancienneté ou à ses formes traditionnelles. Il repose également sur la continuité de son usage, son lien avec la pêche professionnelle marseillaise, les secteurs dans lesquels elle a travaillé.
Elle constitue un témoignage représentatif de ces petites unités de pêche qui ont longtemps animé les ports et le littoral marseillais.
Témoignage événementiel ou d’une activité révolue :
Yvonne témoigne de la pêche côtière artisanale autrefois pratiquée autour du Frioul, du Planier et des calanques marseillaises.
L’été, les girelles destinées à la soupe de poissons étaient notamment capturées à l’aide de petites nasses appâtées, relevées à la main depuis la barquette.
Cette pêche exigeait une connaissance précise des fonds rocheux, des saisons et des zones fréquentées par les espèces recherchées.
Le bateau conserve ainsi la mémoire d’une activité professionnelle aujourd’hui fortement réduite sur le littoral marseillais.
Autres éléments remarquables :
La petite cabine de pilotage, ajoutée en 1976 par le chantier Borg, constitue une transformation ancienne liée à l’usage professionnel du bateau.
Le capian et les formes pleines de la coque rappellent immédiatement la silhouette traditionnelle du pointu marseillais.
Son organisation de pont, simple et dégagée, reste caractéristique d’une barquette conçue pour la pêche côtière.
La restauration récente a permis de conserver ces éléments sans effacer les adaptations successives qui font partie de son histoire.
Chronologie :
Construite à Marseille à la fin de l’année 1971, Joseph De Luca l’acquiert en avril 1972 et l’utilise durant plusieurs années pour la pêche professionnelle.
En 1976, le chantier Borg ajoute une petite cabine de pilotage afin de protéger le patron lors des sorties par mauvais temps.
Après sa transmission à son fils Michel de Luca, puis sa cession à Geoffrey de Seroux, la barquette a fait l’objet d’une restauration importante, comprenant notamment la reprise du calfatage et une remise en peinture dans le respect des couleurs et des usages traditionnels.




